Une longue histoire, celle d'une vie. Ca ne commencera pas par il était une fois parce que c'est de ma vie dont il s'agit et qu'au coin de ce feu, je pense que mes aventures sont capables de faire naître les étoiles dans vos regards.
Je ne suis qu'un homme, mais j'ai eu à endosser le rôle d'un enfant, d'un guerrier, magicien et bien d'autres encore.
Trêve de bavardages, toutes les histoires ont un début.
On m'a dit que ça a débuté un soir de pluie, un soir de débauche. On m'a dit que ma mère a été fille de joie et on m'a aussi dit qu'elle était jolie. Quant à mon père, j'aurais plus de chance à aller chercher une aiguille dans une botte de foin... Je n'ai pour ainsi dire pas de famille au sens ou vous pouvez le concevoir. On m'a aussi dit que j'ai été adopté par quelqu'un d'important mais lointain, j'ai du le croiser quelques fois. Il s'appelle Mahad et c'est c'est meilleur guerrier et par extension le chef de la garde de Dakri. C'est un des sept dragons mais j'y reviendrais plus tard, maintenant ce n'est plus ce "on" qui parle mais moi.
Premier souvenir du début de ma vie, et déjà le chant de la guerre résonnait dans mes oreilles. Il y a plus gai pour débuter mais je fais avec ce que j'ai, le peuple de Medrih est très austère et a toujours fait avec le peu qu'il avait. Mon premier entrainement manqua de couter la vie, par trois fois. Parce qu'au delà des murs de briques, j'entendais clairement les rires enfantins d'enfants comme moi qui n'auraient sans doute à ne jamais prendre le fer pour se défendre. Ce fut un de mes rares moments d'inattention car mon maitre d'armes me prit en exemple et me brisa la jambe pour montrer aux autres qu'en plein combat, il ne fallait penser qu'à la mort de son adversaire, rapide et impitoyable. C'est pourquoi notre peuple était si redouté, nous n'avions que peu d'hommes, mais ceux ci tenaient plus des bêtes enragées lorsqu'il se battaient. Il m'a fallu trois mois pour me remettre et par chance je ne fus pas écarté des entrainements mais je dus porter le doux sobriquet du "boiteux". J'ai du tuer le maître d'armes pour que ça change. Et des moqueries on est passé à la peur, même les plus agés s'écartaient pour me laisser passer. Il avaient vu le combat, en fait tout le monde l'avait vu. Il y a bien des mots pour qualifier ça mais je vais dire que ça a été surprenant, parce que ce n'est pas le genre de jeux auxquels on joue à cet âge. C'est étrange de prendre la vie d'un homme, c'est aussi douloureux et ma jeunesse ne me donnait pas le droit d'avoir une innocente inconscience sur ce geste. Mais il l'a cherché, ça ne faisait pas bien longtemps que j'étais parmi eux et déjà je savais bien plus qu'eux et même plus que le maître lui même. Je ne me l'explique pas et j'aime à penser que c'est une affinité pour l'acier et les choses qu'il a dire. Toujours est-il que pendant ma convalescence, j'ai pu entrainer mon esprit et le haut de mon corps; c'est aussi pendant cette convalescence que l'homme qui a tenté de m'apprendre m'a défié "afin de voir ce que j'avais retenu". Ce fut sa dernière erreur et ma première, c'était un des frères de Mahad, pas liés par leur sang mais celui des adversaires. Il était rompu à toutes les techniques de combat connues par notre peuple, mais moi j'avais mon instinct. Quoi qu'on dise, je ne ressemble pas à celui qui se dit mon père et malgré mon statut de Dragon, je n'aime pas les bains de sang. Sauf cette fois là, une phrase résonnait alors que je prenais les lames jumelles:
"L'acier fait partie du corps des guerriers Medrih et il est impossible de ne pas contrôler une partie de son corps.'
J'étais fébrile au moment d'entrer dans le cercle créé par les plus vieux élèves, des êtres avides de sang, je serais surpris de croiser l'un d'eux aujourd'hui. Lui était là avec son épée immense, plus grande que moi, il souhaitait en finir vite. Pas de pitié pour le "fils du dragon". le besoin de tuer commencait à emplir l'air et les vautours m'entouraient. Dire que je n'avais pas peur serait mentir, en plus je n'avais pas vidé ma vessie avant. Mais il faut rester concentré sur la mort rapide de son adversaire. Il se jeta sur moi, l'esquive fut facile, mais l'acier manqua de m'arracher une oreille. Il était en armure et pas moi, comment allais je parvenir à mon but avec ses objets qui murmurent dans mon sang et les cris des animaux qui m'entouraient. Je prenais la mesure la réputation de notre peuple. Il n'y avait plus que moi d'humain ici, oui car en face de moi se tenait un être à la queue tranchante et au cri effrayant. Je me demande si c'est du à un rite magique obscur ou si c'est la perception qu'il veut que l'on ait de lui. N'oubliez pas de toujours rester concentrés, parce que je manquais de mourir pour la seconde fois, sa queue manqua de me transpercer, plutôt de me disloquer. L'esquive légère en arrière n'avait rien de naturel et le murmure se faisait de plus en plus fort. La bête se jetait sur moi et je faillis abandonner devant l'assaut. Le murmure se fit cri:
"BOUGE ET TUE"
la voix venue du sang que je devais écouter semblait presque agir à ma place. En tous cas elle distordait ma perception de la réalité. Elle me facilitait la tâche et ralentissait l'animal qui chargeait. Je pris le temps de l'écouter et de l'observer une dernière fois. L'acier semblait attiré par le liquide de vie, et j'étais trop jeune pour résister, j'aimerais dire que ce n'était pas de ma faute mais j'ai eu le temps d'y réfléchir. Il m'a brisé la jambe et j'ai souhaité plus que tout le voir souffrir, le voir gisant et plus encore, ce sera une des rares règles auxquelles je me serais astreint "si tu dois me tuer, fais le vite et ne me laisse pas me relever". Les Jumelles exauceraient mon premier souhait, en un clignement d'oeil, ses tendons étaient déjà tous sectionnés, de ceux du poignet au tendon d'Achille. Je savais qu'il ne se relèverait pas, mais par pitié et parce que c'est tout ce que je voulais exprimer, il ne devait pas ressentir l'humiliation, il ne devait pas me supplier de l'achever. Un autre clignement d'oeil et je lui sectionnais la moelle épinière, l'artère fémorale et la jugulaire. C'est ce qu'il nous avait appris, la dernière immobilisation, parce qu'aucune magie ne peut relever un mort si le système nerveux de celui ci n'est pas complet. Seul cours intéressant, connaître un corps pour mieux tuer. Étrange conception de la vie et détournement malsain d'un savoir qui en a sauvé beaucoup d'entre nous.
Le temps repris son cours normal et le silence se fit. Un animal est tombé avec fracas quelques mètres derrière moi. Le sang s'écoule et c'est le premier parfum différent de celui de la sueur et des larmes que je sens. Je suis trop jeune pour comprendre pourquoi ce parfum métallique est mélangé à celui de la peur. Après réflexion, sortir de convalescence et tuer un homme en une passe d'arme peut avoir un aspect effrayant. J'ai eu le temps d'y penser parce que mon père lui même m'emmena en prison. On ne tue pas un des meilleurs guerriers du pays sans en payer le prix. Parce qu'il fallait me punir, parce que j'étais trop jeune pour prendre sa place. Mahad me regarda, je l'entendis frotter une de ses épées. je ne pus que l'entendre ca l'instant d'après, ma tempe joue était profondément entaillée. J'ai cru voir de la peur dans ses yeux, pourtant je n'avais pas bougé. Maintenant je le sais, il a du voir un potentiel destructeur, plus que le sien. J'ai été enfermé avec ces épées qui ne me quittèrent plus. J'ai été enfermé un temps avant d'aller en prison. Les prisons Medrih sont les seules ou vous avez vos armes, c'est une ville dans la ville, véritable microcosme dans lequel tout est régi par la mort. Et on a cru bon de m'envoyer là bas. J'ai eu le temps de réfléchir sur ma première vie prise, alors à chaque homme ou créature vaincue, j'ai fait un cercle d'encre enserrant mon bras par respect de la vie ôtée et pour que l'être mort vive encore dans mon souvenir. J'étais rentré enfant, armé de deux épées jumelles mystérieuses, m'apprenant les secrets d'un art mortel oublié, celui de la nuit. La première leçon fut que la nuit est la meilleure des armures, et moi de rajouter qu'elle est aussi la plus belle. J'ai survécu à la prison, je ne pourrais pas en dire autant des résidents. La première chose que je fis en sortant fut de faire fondre mes armes, j'en avais besoin parce que la prison m'avait pris des choses. Les années avaient passé. Mon père était devenu seigneur aux côté du roi dragon. Moi, je suis devenu un fils de la nuit et un assassin agissant dans les ombres et effectuant un travail que seul un fou pourrait accepter. Je suis l'assassin du roi et je suis imparable. Une seule cible m'a échappé, ma seule erreur sans doute parce qu'elle avait une étrange façon de bouger.
Si vous souhaitez me nommer, je suis Ohim. Medrih parce qu'un dragon m'a trouvé sur le bord d'une route. Je suis aussi un dragon mais ça j'y reviendrais plus tard, beaucoup plus tard parce qu'avant, je suis devenu meurtrier de la nation qui m'adopta. Sans doute le prochain souvenir que vous aurez à lire si je n'oublie pas et si je ne change pas d'avis d'ici là.